©Fanny Devoghelaere - ONF

INCENDIE 2026 : Restaurer les forêts françaises sinistrées

Une surface incendiée 7 fois supérieure à la moyenne des 10 dernières années. 95 784 hectares, c'est la surface de forêts et autres végétations ayant brûlé cette année, et l'été n'est pas fini.

L'année 2026 marque un tournant pour les forêts françaises. C'est l'une des plus destructrices qu'aient connue les forêts françaises ces dernières années : A fin juillet, la surface brûlée dépassait déjà le cumul des années 2024 et 2025.

Ces incendies, favorisés par la canicule, le vent et la sécheresse, ont touché l'ensemble du territoire : Après la Drôme, autour de Die, et les Pyrénées-Orientales, les flammes ont frappé le massif emblématique de Fontainebleau, puis la forêt de Gironde les Landes et le Var… Les massifs forestiers du nord, de l'ouest et du sud-ouest de la France, habituellement moins exposés que les territoires méditerranéens, comptent désormais parmi les zones les plus touchés.

59 forêts domaniales et 122 forêts appartenant à des collectivités territoriales, situées dans 18 départements, ont été impactées ou détruites à ce jour. Parmi ces forêts, plusieurs massifs emblématiques ont été sinistrés.

Dans le massif de Fontainebleau, les feux ont affecté des peuplements forestiers, quatre réserves biologiques, des sites archéologiques ainsi que de nombreux équipements d'accueil du public. De manière extraordinaire en région parisienne, des avions bombardiers d'eau et des hélicoptères ont été déployés.

Les forêts du Diois ont été touchées par le plus grand feu de forêt jamais enregistré dans la Drôme. Ces forêts avaient été implantées, lors des grands programmes historiques de Restauration des Terrains en Montagne, pour stabiliser les versants et protéger les vallées des risques naturels. La perte du couvert végétal est donc susceptible de raviver les phénomènes de crues torrentielles et autres mouvements de terrain.

Le massif girondin a connu le feu le plus important en surface. Le méga feu de Saumos est également à ce jour le plus destructeur en nombre de bâtis brûlés, au moins depuis l'après-guerre. La mobilisation a atteint des proportions absolument records pour y faire face. En plus des effectifs girondins, des colonnes entières de renforts venues de toute la France et des détachements de pompiers européens ont été déployés.

Dans le Var, le feu dit de Pontevès/Correns est l'incendie le plus long jamais enregistré dans les archives du département, ayant nécessité 29 jours de lutte acharnée avant d'être officiellement éteint le 19 août 2026. Le massif a perdu des oliviers centenaires et des écosystèmes entiers, modifiant profondément les paysages.

La restauration post-incendie : un processus long et complexe…

Dès que les incendies sont maîtrisés, les forestiers de l'ONF engagent sans délai la réflexion sur la reconstitution des forêts détruites. L'expérience de l'ONF en matière de restauration post-incendie le montre : il n'existe pas de solution standardisée applicable à toutes les situations. Chaque massif appelle une approche spécifique, tenant compte de son histoire, de ses contraintes écologiques, de ses usages et de ses dynamiques naturelles. En revanche, la succession des étapes de sécurisation et de restauration suit toujours le même déroulé :

Etudes de diagnostic :

Elles visent d'abord à identifier les causes de l'incendie, puis à établir un état des lieux des écosystèmes forestiers touchés : cartographie précise des milieux et peuplements sinistrés, priorisation des travaux d'urgence, programmation et chiffrage des travaux de reconstitution. Ces études intègrent également une analyse des conséquences liées à la mise à nu des terrains incendiés, notamment les risques de chute de pierres, de glissement de terrain et de ruissellement des eaux pluviales pouvant entraîner des inondations. Elles permettent enfin aux forestiers d'acquérir des connaissances précieuses pour renforcer la résilience des forêts face au changement climatique et améliorer leur protection, notamment contre le risque incendie.

Travaux d'urgence de mise en sécurité et prévention des aléa secondaires :

Il s'agit d'intervenir rapidement pour écarter les dangers immédiats : abattage des arbres brûlés menaçant les habitations, les accès et les voies de communication, retrait des embâcles susceptibles d'obstruer les cours d'eau et d'aggraver les risques d'inondation, remise en état des pistes d'accès, ou encore stabilisation des sols pour limiter l'érosion.

Travaux de restauration :

Ils se déroulent sur trois à cinq ans, en plusieurs étapes :

  • Les travaux prioritaires de prévention de l'érosion des sols réalisés par la mise en place de fascines (« fagots » constitués en travers des pentes à partir des bois et branchages présents sur place). Cette action répond à l'enjeu essentiel de préserver des sols forestiers, à la fois substrat nourricier des arbres et banque de graines particulièrement vulnérables au décapage par les fortes pluies en l'absence de couverture végétale après le passage du feu. Elle contribue également à la sécurisation des zones situées en aval ;
  • Les travaux prioritaires d'exploitation des arbres brûlés et de broyage des rémanents, en particulier en cas de risque de scolytes, pour éviter que des foyers prolifèrent et impactent également des peuplements non incendiés voisins ;
  • Les travaux de restauration des infrastructures d'accès et d'équipements d'accueil du public, ainsi que des pistes et équipements nécessaires à la défense des forêts contre l'incendies ;
  • Enfin, les travaux de restauration des peuplements à proprement parlé, déterminés selon la manière dont la nature reprend ses droits dans le temps : accompagnement de la régénération naturelle, exploitation ou recépage des arbres affaiblis, semis, plantations et actions de génie écologique pour assurer le retour de la biodiversité.

Actions de prévention, communication et sensibilisation :

Prévenir de nouveaux incendies, donner du sens aux opérations de restauration engagées et informer les usagers de la forêt : telles sont les finalités des actions pédagogiques systématiquement mises en œuvre — installation de panneaux explicatifs en forêt, campagnes de presse, vidéos de sensibilisation, etc. Ces actions rappellent également les obligations légales de débroussaillement, qui incombent aux propriétaires et permettent de limiter la propagation des incendies. Elles appellent enfin à une vigilance renforcée, y compris dans des territoires jusqu'ici relativement épargnés par le risque incendie, mais désormais eux aussi exposés du fait de l'évolution du climat.

La reconstitution post-incendie se déroule sur plusieurs années et les besoins financiers associés sont considérables. A ce jour, les coûts de reconstitution des quatre forêts emblématiques détruites cet été sont estimés à plus de 100 millions d'euros.

…Mais aussi une opportunité unique de construire les forêts du XXIe siècle.

La question n'est plus de reconstituer les forêts d'hier.

L'enjeu est désormais de rendre nos forêts capables de résister aux sécheresses et la raréfaction de la ressource en eau, aux vagues de chaleur et à l'augmentation du risque incendie, afin qu'elles continuent à rendre l'ensemble des services écosystémiques qu'elles assurent, aujourd'hui et pour les générations futures.

L'ONF développe aujourd'hui des stratégies d'adaptation des forêts au changement climatique qui reposent sur une approche fondée sur la résilience des écosystèmes. Par exemple, l'ONF :

  • privilégie toujours la régénération naturelle si elle s'avère suffisante, les plantations étant réalisées en complément ;
  • favorise la « forêt mosaïque », diversifiée en essences, en milieux naturels – zones ouvertes, en libre évolution, prairies, zones humides, tourbières, ripisylves… - en traitements sylvicoles ;
  • assure, au-delà du peuplement forestier, la reconstitution des habitats, la préservation des continuités écologiques, la protection des espèces patrimoniales et le rétablissement du fonctionnement écologique global des massifs ;
  • développe désormais des approches d'hydrologie régénérative contribuant simultanément à la préservation des ressources en eau et à la lutte contre l'érosion ;
  • Parallèlement, dans une démarche d'anticipation et d'innovation, l'ONF s'investit dans des programmes de recherche et développement, accordant une place croissante à la prévention du risque incendie. À travers l'expérimentation et le déploiement de solutions innovantes, l'établissement contribue à renforcer :
  • la connaissance et l'anticipation du risque incendie via l'utilisation de technologies nouvelles, telle que l'imagerie drone ou les relevés Lidar permettant de mesurer le stress hydrique des végétaux et d'identifier précocement les situations à risques ;
  • les dispositifs de prévention, d'alerte et d'appui aux opérations de lutte, avec le développement d'équipements électriques de première intervention sur feu naissant et de dispositifs de communication numérique facilitant la coordination des acteurs engagés dans la lutte.

Travaux d'urgence sur le site du Grand Crohot en Gironde

Contribuez à nos côtés à la restauration de ce patrimoine essentiel

Acteur majeur de la filière forêt-bois, l'Office national des forêts rassemble plus de 8 000 professionnels et gère près de 11 millions d'hectares de forêts publiques appartenant à l'État et aux collectivités territoriales. Héritier de l'administration des eaux et forêts ; il assure depuis toujours une gestion durable et multifonctionnelle, conciliant des objectifs écologiques, économiques et sociétaux – accueil de tous en forêt, paysage, prévention des risques – tout en intégrant dorénavant les enjeux du changement climatique.

Depuis 2019, le fonds de dotation ONF-Agir pour la forêt permet à tous de s'engager concrètement au cœur des territoires. Entreprises, fondations, particuliers : chacun peut désormais devenir acteur de la préservation des forêts face à l'urgence climatique.

En tant qu'entreprise, vous pouvez ainsi contribuer à l'effort collectif nécessaire et vous engager à nos côtés pour l'avenir de notre patrimoine forestier.

Cette collaboration, qui s'inscrit dans un cadre garant de pérennité et durabilité – assurée par l'inaliénabilité des forêts publiques -, et de transparence, s'appuie sur une expertise reconnue, une expérience opérationnelle attestée et une action collective fondée sur la coopération territoriale.

Forêt de Fontainebleau et Trois Pignons après l'incendie dévastateur