Charlène Descollonges : « Raviver le lien entre eau et forêt. »
Qu’est-ce que l’hydrologie générative ? Quel lien entretient-elle avec la forêt ?
Avant d’expliquer ce qu’est l'hydrologie régénérative, il est important de préciser ce qu’elle n’est pas : à savoir, ni une nouvelle technique ou méthode, ni un nouveau concept. Il s’agit plus globalement d’un changement de culture qui concerne la façon dont on appréhende les cycles de l’eau. Je parle de « cycles de l’eau » au pluriel, en considérant le phénomène de recyclage continental de l'eau verte. L’eau verte est l’eau contenue dans les premiers mètres du sol, qui est évapotranspirée par les végétaux. Cette eau verte n’est pas perdue car elle est remise en circulation dans l’atmosphère et sera source de pluie pour d’autres territoires. Les principaux « moteurs » des cycles de l’eau verte sont les forêts. En effet, comme elles évapotranspirent beaucoup plus que les autres surfaces végétales, elles rendent possibles les cycles de l’eau verte qui s’opèrent à l’intérieur des continents. L’hydrologie régénérative s’articule autour d’un triptyque eau-sol-arbre et vise à régénérer les cycles de l'eau pour la conserver à l'intérieur des terres, la ralentir le plus possible, lui permettre de s’infiltrer dans les sols et la stocker naturellement dans les paysages. Le lien avec les forêts semble donc évident. D’un point de vue technique, l’hydrologie régénérative consiste à proposer des aménagements concrets, selon certains principes que l’on cherche à décliner dans divers contextes : en milieux forestiers, dans les milieux rivières, agricoles et urbains, avec l’intention de travailler à l’échelle cohérente du bassin versant.
Pourquoi vous être engagée aux côtés du Fonds ONF-Agir pour la forêt ?
Même si le monde de l’eau et celui de la forêt sont intimement liés, je connais assez peu le milieu de la forêt. Ma curiosité pour la sylviculture, mon envie d’apprendre et de raviver le lien historique entre eau et forêt m’ont incitée à m’engager auprès du Fonds. Au-delà de ma soif de connaissance, la santé des rivières est liée à celle des sols et des forêts : agir sur l’un, c’est agir sur les autres. Préserver la santé des forêts, c’est aussi préserver celle des rivières.
Quel message auriez-vous envie de transmettre aux entreprises, aux citoyennes et aux citoyens qui souhaiteraient agir pour la forêt ?
Dans le cadre de mes activités professionnelles, je côtoie de nombreuses entreprises et je constate à quel point ces sujets les intéressent. Au-delà de donner du sens à leur raison d’être, certaines d’entre elles contribuent financièrement à l’émergence de ces approches. Leur action dépasse le simple fait de réduire leurs impacts. J’essaie le plus possible d’aller vers celles qui veulent participer concrètement à la régénération des écosystèmes. Du point de vue de l’entreprise, donner du sens à sa raison d’être est justement possible par le biais de la philanthropie, des financements solidaires, qui permettent de répondre à la fois aux enjeux écologiques, sociaux et sociétaux.
Même dans cette période rude où la conjoncture n’est pas favorable, je continue à côtoyer des dirigeants d’entreprises très conscients de ce qui est en train de se passer et qui maintiennent, malgré tout, leur engagement en faveur des écosystèmes. En réalité, nous n’avons pas le choix. Aussi, je dirais aux entreprises : nous partageons tous la même planète, nous sommes interdépendants les uns des autres, dépendants de la santé des écosystèmes et des hydrosystèmes. Nous savons que la situation est de plus en plus difficile, mais nous ne devons pas revoir nos ambitions à la baisse. C’est une question d’habitabilité des territoires, de vie humaine et autre qu’humaine.
J’essaie aussi d’aller chercher des personnes très éloignées de ces sujets. Il y a un enjeu de transmission de connaissances au niveau sociétal, pour reconnecter les populations aux écosystèmes dont elles dépendent. C’est pourquoi il faut faire preuve de pédagogie, aller dehors, emmener les gens sur le terrain, expliquer ce qu’il est possible de faire, à l’échelle collective. Avec l’association Pour une hydrologie régénérative, nous favorisons les chantiers participatifs, y compris les chantiers massifs, avec plusieurs dizaines, voire centaines, de personnes pour planter des arbres, créer des noues, creuser des mares. Toutes ces actions créent également du lien humain, ce qui est très précieux. En ces temps de crise, où l’on assiste à une forme d’effondrement psychique, de sidération, on a besoin de sens, on a besoin d’agir, d’être ensemble et de faire ensemble. À cet égard, les chantiers participatifs sont très puissants.
En plus d’aller sur le terrain, nous pouvons toutes et tous contribuer au Fonds qui soutient la réalisation de projets favorisant des forêts et des rivières vivantes. Le Fonds permet en effet de prévoir, d'organiser et de dimensionner des projets en forêt publique qui tiennent notamment compte des liens entre eau et forêt. Ce que j’apprécie particulièrement avec ONF-Agir pour la forêt, c’est que l’action s’appuie sur la remontée des besoins du terrain : ainsi, les projets qui bénéficient du soutien du mécénat répondent à des besoins directement exprimés par les forestiers, par les gestionnaires qui sont en contact quotidien avec la forêt, qui constatent les dépérissements et qui proposent des solutions. Leur expertise est très précieuse pour orienter les projets. En France, deux catégories de personnes sont les premières victimes du changement climatique : les agriculteurs et les forestiers. Le Fonds est un formidable outil de structuration pour l’avenir des forêts. Il permet de rassembler, de collecter auprès de différentes sources de financement et de s’impliquer directement. Jamais le besoin de financements pour les forêts n’a été aussi crucial à l’heure des grands bouleversements climatiques et écologiques.